Monsieur,
Je sais que cette lettre va vous paraître étrange, saugrenue même, peut être, mais je me retrouve dans l'envie, dans le besoin pressant de vous écrire. Je vais vous poser les choses telles qu'elles me sont apparues.
Hier, je me suis fait la promesse d'arrêter de tout remettre à plus tard, à ce lendemain qui se succède dès que l'on arrive à ce fameux jour. J'ai commencé par établir un rangement général de tout mon grenier poussiéreux. Des années que j'y entasse ce qui me gène. Des années que des bibelots jonchent le sol, les uns retenus par les autres, et manquent de tomber sur mon vieux parquet. Et, ce matin de 20 Mai, j'ai enfin décidé de mettre de l'ordre dans cette caverne d'Ali baba.
Vous devez vous demander où je vous emmène, par mes mots. J'y viens, j'y viens, ne vous inquiétez pas. Je ne vous ai pas oublié.
Je me suis donc préparé, tablier fleurit par des tournesols, autour du cou, instruments de nettoyages dans une main, le courage dans l'autre. J'ai poussé la porte de mon grenier. Imaginez le bruit qu'elle a pu produire ! Un petit cri strident, comme si je la dérangeais dans son sommeil. J'ai fais semblant de ne pas en être impressionné et j'ai cherché à tâtons un interrupteur. Je n'ai jamais été aussi heureux que lorsque mes doigts ont effleuré cette petite merveille. Et la lumière fut.
J'ai déglutit plusieurs fois avant de pouvoir réellement regarder en face ce qui se présentait sous mes yeux ébahis. Des cartons de toutes parts, quelques araignées, qui n'ont pas besoin d'être grosses pour m'effrayer, de vieilles lettres entassées, un fauteuil troué que je n'aie jamais voulu envoyer à la casse.. Et j'en passe. La première idée qui est apparue dans mon esprit fut de fuir. Attraper mes clics, mes clacs, ravaler ma promesse, verrouiller cette porte qui grince des dents tel un violent chien de garde, et prendre mes jambes à mon cou. Ne plus poser mon regard ici bas, oublier, oublier cette pièce qui dort au-dessus de ma tête et ne plus jamais tâcher de la réveiller.
J'ai tenter de rebrousser chemin en posant un pas à l'extérieur de mon grenier mais mes yeux furent capter par un carton qui ne me sembla pas comme les autres. Il ne me semblait pas vomir ce qu'il contenait mais plutôt posséder une fière allure, un orgueil vis à vis de ce qu'il maternait. Il était ouvert, quelques photos en émergeaient. Il était posé entre un miroir brisé et un parapluie qui ne devait plus s'ouvrir. Sans avoir le temps de réfléchir, j'accourus vers ce carton, le pris entre mes bras, claqua cette misérable porte et me retrouvas au calme, dans mon salon, avec la fervente impression de revenir d'une longue expédition.
J'ai enlevé mon tablier qui m'apparaissait gênant, et j'ai repris mon souffle, dégustant chaque seconde tel un enfant devant son cadeau de noël. Lorsque je n'y pu plus, je découvris mon trésor. Je ne vis pas seulement une étendue de vieilles photos, mais aussi des souvenirs entiers. Des sourires, de ceux qui sont posés là pour la mémoire ou de ceux qui sont volés dans l'instant. Des caprices. Des prises floues auxquelles on tiendra toujours. Des bouts de ma jeunesse, immortalisés.
Dans le fond de ce carton, il y avait deux photos de classe. Une avait en son centre une petite tâche, de café, je suppose.
Et c'est là. Là que je vous ais revu. Là, dans cette tenue réglementaire, bien droit, l'esprit rêveur, comme toujours. Là. Là que je vous ais reconnu et m'en suis mordu les doigts pour retrouver votre nom, une adresse. Que vous ne soyez pas un inconnu au fond d'un carton oublié. Non. Mais plutôt un ancien ami, perdu pendant des années, mais à présent retrouvé par une folie qui m'étonne encore.
J'ai effleurer du coin de l'½il, votre ombre sur cette photo, dans ce passé.
Oserais-je te tutoyer ?
Dit " Le p'tit "
Monsieur,
J'ai le regret de vous affirmer que vous faites erreur.
Cordialement,